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Jean-Louis Comolli : Prix François Mauriac 2018

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Vendredi 5 octobre 2018 au Domaine de Malagar, Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine et Jean-Noël Jeanneney, président du jury du prix, ont remis le Prix François Mauriac 2018 à Jean-Louis Comolli pour Une terrasse en Algérie (Éd. Verdier).

Jean-Louis Comolli

Réalisateur, scénariste et écrivain, Jean-Louis Comolli est né à Philippeville (aujourd’hui Skikda) en Algérie. Étudiant en philosophie à la Sorbonne, il fréquente surtout la cinémathèque française, y rencontre notamment Jean Eustache, découvre l’amitié et le cinéma. Journaliste aux Cahiers du cinéma, dont il est rédacteur en chef de 1966 à 1973, Jean-Louis Comolli se lance en parallèle dans la réalisation : fictions et documentaires, pour le cinéma et la télévision, son œuvre compte aujourd’hui plus d’une cinquantaine de films.
Également comédien, il a joué sous la direction d’Éric Rohmer, Jean-Luc Godard et Michel Drach. Jean-Louis Comolli est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages sur le cinéma et le jazz.

Bibliographie sélective :

Une terrasse en Algérie, Éd. Verdier, 2018
Daech, le cinéma et la mort, Éd. Verdier, 2016
Cinéma, mode d’emploi (de l’argentique au numérique), avec Vincent Sorrel, Éd. Verdier, 2015
Corps et Cadre, Éd. Verdier, 2012
Cinéma contre spectacle, Éd. Verdier, 2009
Voir et pouvoir, Éd. Verdier, 2004
Free Jazz / Black Power, avec Philippe Carles, Éd. Champ libre, 1971 - Folio, 2000
Arrêt sur histoire, avec Jacques Rancière, Éd. BPI-Centre Georges-Pompidou, 1997
Dictionnaire du jazz, avec Philippe Carles et André Clergeat, Éd. Robert Laffont, 1994

Une terrasse en Algérie , Éd. Verdier, 2018

Nous nous retrouvions à la terrasse de l’Excelsior. Tous les soirs. Quinze ans, c’était notre âge. L’Algérie était encore colonie française, mais la guerre, sous le nom de «  pacification  », était entrée en scène, balayant le rêve d’Albert Camus d’une union libre entre Algériens et Européens.
La première action de masse du FLN eut lieu le 25 août 1955 à Philippeville, où je suis né. La ville basse est envahie par les habitants des hauteurs, Arabes et Berbères. Encadrés par quelques militants FLN, ils sont armés de faux, faucilles, pioches, haches – rares sont les fusils. Plus de cent Européens sont tués. La répression, menée par le colonel Aussaresses, est terrible  : les mitrailleuses abattent sans juge ni procès des milliers de prisonniers dans le stade de la ville. Je n’ai appris tout cela que plus tard. Ce jour-là, j’étais à trois kilomètres de Philippeville, sur la plage de Stora. Nous ignorions que la guerre avait lieu. La radio, le journal, parlaient de rebelles. Mes amis de l’Excelsior étaient aveugles et sourds, comme moi. Le déni régnait. La mer était si belle, nous étions dans l’ivresse de vivre, et tant pis si tout était faux en Algérie coloniale.


Stockholm, le 10 décembre 1952

François Mauriac reçoit des mains du roi Gustave-Adolphe de Suède le Prix Nobel de littérature, qui le récompense pour l’ensemble de son œuvre romanesque. Reconnaissance suprême, certes, mais des troubles politiques au Maroc l’interpellent, et lui font prendre conscience du véritable rôle de l’intellectuel dans son époque.

Il signe d’une plume incisive, dans La Table Ronde, son premier Bloc-notes et écrit : « Ce fut alors que le monde m’accorda sa suprême couronne. Que je pusse prétendre au prix Nobel, cette pensée ne m’était jamais venue. J’en fus secrètement accablé. […] je recevais le prix Nobel le jour et presque l’heure où, à Casablanca, une foule misérable tombait dans le traquenard qui lui avait été tendu. A mon retour, un dossier irréfutable m’était apporté comme une réponse à ma secrète prière au milieu des fastes de Stockholm […] Désormais, je fus engagé. » François Mauriac – Le Bloc-notes, octobre 1955.

Bordeaux, depuis 2002

Créé en 1985 par l’institution régionale, le Prix François Mauriac récompensait initialement des auteurs originaires de l’Aquitaine ou des ouvrages traitant de thèmes relatifs à notre région. Sous l’impulsion du Centre François Mauriac de Malagar et de son président Bernard Cocula, et à l’occasion du 50e anniversaire du Prix Nobel, le Conseil régional d’Aquitaine relance le Prix François Mauriac en 2002.

C’est l’occasion de donner à ce prix littéraire une vocation plus large, en référence à l’engagement de François Mauriac, puisque le jury retient désormais l’ouvrage d’un écrivain de langue française dont la teneur, quel que soit le genre (roman, théâtre, poésie, essai, journalisme), manifeste un engagement de l’auteur dans son siècle, et qui est évocateur de la société de son temps.

Le Prix littéraire François Mauriac est remis chaque année au mois d’octobre, au lauréat par le Président de la Région Nouvelle-Aquitaine.


Sélection 2018

Soixante jours de Sarah Marty, Éd. Denoël

Une terrasse en Algérie de Jean-Louis Comolli, Éd. Verdier

Douces déroutes de Yanick Lahens, Éd. Sabine Wespieser

Marcher à Kerguelen de François Garde, Éd. Gallimard

Le Lambeau de Philippe Lançon, Éd. Gallimard

Le temps est un faucon qui plonge de Marc Alyn, Éd. Pierre-Guillaume de Roux

Le Traquet kurde de Jean Rolin, Éd. P.O.L

Les Spectateurs de Nathalie Azoulai, Éd. P.O.L

Un vélo contre la barbarie nazie d’Alberto Toscano, Éd. Armand Colin

La nuit introuvable de Gabrielle Tuloup, Éd. Philippe Rey

De fer et de verre. La Maison du Peuple de Victor Horta de Nicole Malinconi, Éd. Les Impressions Nouvelles,

Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement de Guillaume Cuchet, Éd. Seuil

Ce qui n’a pas de prix d’Annie Le Brun, Éd. Stock

Toute une époque d’Ariane Chemin, Éd. Robert Laffont

L’imaginaire et l’inconscient chez Jean de La Ville de Mirmont de Didier Christophe, Éd. L’Harmattan

La France des Belhoumi. Portraits de famille (1977-2017) de Stéphane Beaud, Éd. La Découverte

Trésors sacrés de Michel Pierre, Éd. du Trésor


Composition du Jury du Prix François Mauriac 2018

Jean-Noël Jeanneney, Président du jury

Évelyne Bloch-Dano, écrivain, journaliste
Jean-Marie Borzeix, journaliste, ancien conseiller à la présidence de la BnF
Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre Anne-Marie Cocula, historienne, présidente du Centre François Mauriac de Malagar
Paule Constant, écrivain, professeur à l’Université d’Aix-Marseille
Éric Fottorino, écrivain, journaliste, directeur de la publication du 1
Hugues Le Paige, journaliste, documentariste
Pierre-Henri Arnstam, journaliste, président de l’agence régionale Ecla
Jacques Monférier, président honoraire de l’Université Bordeaux Montaigne
Mona Ozouf, historienne, journaliste
Michel Suffran, écrivain (†)
Jean Touzot, professeur émérite à l’Université de Paris 4-Sorbonne
Michel Winock, historien, professeur émérite à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

Marie-Sylvie Bitarelle, Secrétaire du jury, directrice du Centre François Mauriac de Malagar


Depuis sa relance, le Prix François Mauriac a été attribué à :

- en 2017, Tanguy Viel pour Article 353 du code pénal, Éd. de Minuit
- en 2016, Laurence Cossé pour La Grande Arche, Éd. Gallimard
- en 2015, Alain Borer pour De quel amour blessée, réflexions sur la langue française, Éd. Gallimard
- en 2014, Kamel Daoud pour Meursault, contre-enquête, Éd. Actes sud
- en 2013, Jérôme Garcin pour Bleus horizons, Éd. Gallimard
- en 2012, Jean-Noël Pancrazi pour La Montagne, Éd. Gallimard
- en 2011, Jean-Pierre Milovanoff pour Terreur grande, Éd. Grasset
- en 2010, Lionel Duroy pour Le Chagrin, Éd. Julliard
- en 2009, Dominique Fernandez, de l’Académie française, pour Ramon, Éd. Grasset
- en 2008, Annie Ernaux pour Les Années, Éd. Gallimard
- en 2007, Jean-Paul Kauffmann pour La maison du retour, Éd. NIL éditions,
- en 2006, Jean Echenoz pour Ravel, Éd. de Minuit
- en 2005, Pierre Daix pour Bréviaire pour Mauthausen, Éd. Gallimard
- en 2004, Régis Debray pour Le Siècle et le Règle, une correspondance avec le frère Gilles Dominique o.p., Éd. Fayard
- en 2003, Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, pour Adieu à la France qui s’en va, Éd. Grasset
- en 2002, Abdelwahab Meddeb pour La maladie de l’islam, Éd. Seuil